Édito de Elio Di Rupo, Président
Il y a plus de quarante ans, le monde changeait de cap. La Chine contemporaine balbutiait ses premières réformes. Les États-Unis élisaient Ronald Reagan. Au Royaume-Uni, Margaret Thatcher incarnait la révolution néolibérale. Austérité, dérégulation, loi du marché érigée en dogme indiscutable,“There is no alternative”. Les « golden boys » prospéraient tandis que les inégalités s’accentuaient. Dans ce climat anxiogène pour une grande partie de nos concitoyens, avec quelques amis, dont Philippe Reynaert, nous avons décidé d’aller à contre-courant du tsunami matérialiste. Nous avons choisi de parler d’Amour. De l’amour sous toutes ses formes : passion, tendresse, solidarité, engagement, transmission.
Nous étions convaincus, et je le suis plus que jamais, que la culture façonne les comportements humains. Que l’amour est cette force douce qui nous enveloppe, nous rassure et nous élève. C’est ainsi qu’est né, à Mons, le Festival du Film d’Amour. Durant plus de quatre décennies, des milliers de films venus du monde entier ont été projetés. Des milliers d’invités, réalisateurs, acteurs, producteurs, techniciens, artistes de toutes disciplines, nous ont honorés de leur présence. Le Festival a acquis une reconnaissance internationale et s’est imposé comme un rendez-vous incontournable.
Pendant une semaine, à Mons, on respire un air de liberté : liberté de voir, de penser, de débattre, de critiquer, de rêver. Mons est aussi, et on l’ignore souvent, le lieu où l’exception culturelle européenne fut politiquement matérialisée et qui s’est ensuite imposée à l’Organisation mondiale du commerce. Je présidais alors le Conseil européen des ministres de la Culture et de l’Audiovisuel. Quelques années plus tard, en 2015, Mons devenait Capitale européenne de la Culture.
L’histoire ne se répète jamais à l’identique, car elle évolue. Le retour en arrière n’est pas possible. Pourtant, la célèbre formule attribuée à Thucydide, « l’histoire est un perpétuel recommencement », résonne aujourd’hui avec une troublante actualité. Trump, Xi Jinping, Poutine… Les empires se redessinent et les tensions s’exacerbent. Notre quotidien européen en est profondément marqué. Dans ce climat parfois inquiétant, voire angoissant, nous avons plus que jamais besoin de culture. Nous devons lui accorder la place centrale qui lui revient : celle d’un espace de liberté, de réflexion, d’émancipation et d’espérance.
C’est dans cet esprit que la 41ᵉ édition du Love International Film Festival se veut une respiration essentielle. Cette année, 33 pays sont représentés. Une centaine de films seront projetés. Une centaine d’invités, dont des personnalités d’envergure internationale, seront présents. Des séances pédagogiques réuniront des jeunes, des étudiants, des publics divers, car le cinéma est aussi un formidable outil d’émancipation et de dialogue.
Je remercie, du fond du cœur, nos partenaires publics et privés pour leur fidélité. Je salue le travail remarquable du Délégué général, Maxime Dieu, ainsi que celui de toutes les collaboratrices et tous les collaborateurs, des bénévoles et des stagiaires. Sans eux, rien de tout cela ne serait possible.
Je vous souhaite des moments d’émotion, de réflexion et de partage. Je vous souhaite des instants exaltants et une multitude de découvertes.
Bon Festival !
Elio Di Rupo
Président